Yoga – Emmanuel Carrère

yogaJe viens de terminer Yoga d’Emmanuel Carrère. Je me suis régalée. Je n’avais pas choisi ce livre, je n’en avais même pas entendu parler. Il m’a été offert. Je n’avais aucun à priori, même pas de ceux que l’on peut se créer en lisant la quatrième de couverture que j’ai complètement omis de lire avant de commencer. J’avais entendu parler d’Emmanuel Carrère, sans jamais n’avoir rien lu de lui. Et j’ai été happée par ce livre que j’ai dévoré presque d’une traite. Je me suis laissé emmener par l’authenticité, la sincérité de l’écriture. Je n’ai pas eu l’impression de lire une histoire, mais plutôt de partager des instants de vie avec l’auteur.


Ci-après, un extrait d’une interview d’Emmanuel Carrère sur France Culture :

Emmanuel Carrère nous parle de son nouveau livre, « Yoga », conversation touchante mêlant troubles psychiques, actualité bouleversante des attentats contre Charlie Hebdo et pratique de la méditation… Un grand livre jusque dans ses fragilités.

« C’est l’histoire d’un livre sur le yoga et la dépression. La méditation et le terrorisme. L’aspiration à l’unité et le trouble bipolaire. Des choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble. » Voilà comment la quatrième de couverture nous présente Yoga (POL, août 2020), le dernier livre d’Emmanuel Carrère. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : une œuvre qui rassemble les contraires en se livrant sans filtre, car la littérature « est le lieu où on ne ment pas », écrit l’auteur.

J’ai ce désir de donner forme à ce qu’on a vécu, d’autant plus lorsque ce qu’on a vécu est aussi terrible. Tout cela est unifié par le désir de s’adresser au lecteur comme un ami. J’aimerais être capable de faire des livres qui soient comme une conversation amicale. J’aspire à cela. (Emmanuel Carrère)

Récit autobiographique dans lequel l’auteur se met à nu, ce livre, qui devait être un petit essai souriant sur le yoga, s’est transformé, au fil de l’expérience, en traversée de cet enfer psychique qu’a connu Emmanuel Carrère. Yoga s’ouvre sur la narration d’un stage de méditation dix jours dans le Morvan en janvier 2015 : Emmanuel Carrère y est à la fois participant, 10h par jour en silence sur son zafu, et observateur cherchant à produire un « livre qui pourrait faire un carton ». Mais comment concilier le travail de l’écriture et celui de la méditation ?

A priori, la visée de la méditation est de se décoller de ce flux perpétuel des pensées, et d’arriver à les regarder sans s’y identifier. La visée d’un écrivain est plutôt de garder trace, d’arrêter les choses. Donc c’est contradictoire. Mais ce n’est pas parce que c’est compliqué qu’il ne faut pas le faire. (Emmanuel Carrère)

Très vite, l’œuvre prend une direction toute autre. La retraite est interrompue brutalement au bout de quatre jours : Emmanuel Carrère va rendre hommage à son ami Bernard Maris, tué lors des attentats de Charlie Hebdo. Et bientôt, c’est la dépression qui refait surface et le mène à quatre mois d’hospitalisation à Saint-Anne. Bipolaire de type 2 : à presque soixante ans, le diagnostic est posé sur ce mal qui le malmène depuis longtemps, entre phases d’euphories et lourdes périodes de dépression.

Bipolaire, c’est quand les hauts sont vraiment trop hauts, et les bas vraiment trop bas… (Emmanuel Carrère)

L’auteur nous raconte l’histoire de cette folie, mais aussi ce qui le mènera à animer un atelier d’écriture auprès de jeunes migrants sur l’île de Léros.

En somme, l’homme qui continue à ne pas mourir, selon sa propre expression, nous propose un livre « boîteux » donc touchant, réunissant les contraires en pratiquant peut-être, par l’écriture même, une nouvelle forme de yoga…

On sait à quel point l’expérience humaine est variée, c’est une espèce puzzle, et essayer de mettre sous la même couverture des fragments d’expériences aussi variées me paraît correspondre à la réalité de ce qu’on vit. (Emmanuel Carrère)


Offrez-vous ce livre et laissez-vous transporter ! Bonne lecture !

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